RETOUR Synthèse du mouvement

 

Dans ses Curiosités esthétiques, Charles Baudelaire évoque le phénakistiscope mis au point en 1833 par le physicien belge Joseph Plateau. Ce modeste jouet de salon permettait pour la première fois de réaliser la synthèse artificielle du mouvement. En faisant tourner rapidement autour de son axe un disque fenêtré et en observant à travers les fentes étroites une série de dessins disposés en couronne au verso et réfléchis dans un miroir, on obtenait l'illusion du mouvement. Un phénomène d'ordre psychologique - et non physiologique, comme on l'a longtemps cru, la persistance rétinienne ne jouant ici aucun rôle - enchaîne les perceptions successives pour donner le sentiment d'une vision continue.

D'autres appareils furent construits sur le même principe - le zootrope (1834) de William George Horner - ou sur des principes voisins, le praxinoscope (1877) et le théâtre optique (1889) d'Émile Reynaud. Ce dernier appareil permit la projection sur grand écran de spectacles dessinés d'une excellente facture (les Pantomimes lumineuses) qui furent présentés au musée Grévin entre 1892 et 1900. Mais la machinerie lourde et complexe qu'il mettait en œuvre ne résista pas à la vogue triomphante du film.

Si une série de dessins décomposant un mouvement pouvait se transformer en un dessin animé, une série de photographies successives pouvait donc devenir une photographie animée. Edison détenait théoriquement la solution de la synthèse de ces photographies sur un écran. Mais l'industriel de l'invention souhaita exploiter les images animées comme il avait exploité les sons du phonographe, sous la forme d'une machine à sous. Le kinetoscope, qu'il mit au point entre 1891 et 1894, était une caisse en bois sur laquelle se penchait un spectateur unique qui observait directement l'image en mouvement à travers un oculaire grossissant.

À la tête d'une société dont la fortune reposait sur la photographie d'amateurs, Louis Lumière eut une stratégie commerciale différente. Il créa un appareil simple et à la portée de tous, le cinématographe. Tirant parti des travaux de ses prédécesseurs, Lumière réussit enfin, grâce au défilement intermittent du film, la projection sur un écran d'une photographie animée d'une certaine durée (environ 50 secondes). L'appareil fut breveté en février 1895 et présenté en public, à Paris, dès le 22 mars 1895. La première projection payante, marquant les débuts du commerce cinématographique, fut donnée au Grand Café, le 28 décembre 1895.

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