Western

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Les hauts lieux de la conquête de l'Ouest américain, Monument Valley, Dodge City, Rio Bravo... ; ses protagonistes, cow-boys et Indiens, outlaws et pionniers, Sitting Bull et le général Custer... ; leurs moyens de locomotion, chariot bâché, cheval de fer, diligence et mustang... ; leurs armes, colt, flèches et carabine Winchester... tout a été décrit de cette épopée dans des centaines de films, les westerns, qui l'ont transformée en légende où se reflètent les idéaux et les doutes d'une nation.

Film ayant pour propos de retracer les étapes de la conquête de l'Ouest et les aventures des pionniers, des cow-boys et des indiens ; genre cinématographique composé de ces films.

Une phrase toujours citée d'André Bazin fait du western le " cinéma américain par excellence ". Américain, il l'est par le cadre historique et géographique (en général, l'espace compris entre le Mississippi et le Pacifique, dans la seconde moitié du XIXe siècle). " Par excellence ", il l'est par l'extrême efficacité de ses codes narratifs, mais aussi par son caractère mythique ; il retrace l'épopée au cours de laquelle les Américains, ces immigrés européens, ont vraiment fait leur la terre où ils s'étaient installés, où s'est forgée leur mentalité, leur vision du monde. Toutefois, il n'est pas que la simple incarnation de la bonne conscience américaine, mais témoigne aussi de ses incertitudes et de son évolution.

Le triomphe du mythe

Dès 1894,  Thomas Edison avait filmé pour son kinétoscope le spectacle de Buffalo Bill. Mais le premier western véritable est Le Vol du grand rapide (1903), d' Edwin S. Porter, où les ressources du montage, alors à peine exploitées, sont utilisées de façon remarquable. L'engouement du public provoquera la naissance du genre, qui trouvera dans les romans populaires (dime novels) un matériau tout préparé. Une population d'immigrés de fraîche date, désireux de s'intégrer à leur nouvelle patrie, un climat d'exaltation expansionniste avec la présidence de Théodore Roosevelt , tout se liguait pour que le western devienne ce " catéchisme national " qu'il fut si longtemps, cette " essence même de la vie nationale ", dont le cinéaste et acteur William S. Hart parle en 1916. Le western a fourni un mythe fondateur à un pays qui en manquait.

Le genre connaît jusqu'aux années 1920 une préhistoire désordonnée, marquée par une lente progression vers la rigueur narrative (sous l'influence primordiale de Thomas Ince, et par la mise en place d'un véritable code moral dont le comédien Tom Mix sera le grand maître d' œuvre. Cet authentique aventurier succède à G. M. Anderson (" Bronco Billy ") et William S. Hart (" Rio Jim ") dans la faveur du public, et fait du héros de western l'incarnation même de la Justice et du Bien. C'est paradoxalement à cette époque que le genre connaît sa première perte de popularité. La Caravane vers l'Ouest (1923), de James Cruze, film spectaculaire à très gros budget, permettra par son succès d'inverser ce courant. Le western, jusqu'à la guerre, restera cependant cantonné essentiellement dans la série B, exception faite de certaines productions de prestige comme Le Cheval de fer (1924), de John Ford, Billy The Kid (1930), de King Vidor, ou Une aventure de Buffalo Bill (1936), de Cecile B. Demile. C'est le règne des héros aseptisés et immaculés, comme " Hopalong Cassidy " (William Boyd), lancé en 1935 et qui paraîtra dans soixante-dix films...

La Chevauchée fantastique (1939), de John Ford, marque un premier changement par l'insistance mise sur la solitude du héros. Venu trop tôt, Le Banni (1940), commencé par Howard Hawks et terminé par Howard Hughes, le producteur du film, connaîtra un échec commercial. Cette extravagante équipée sadomasochiste reste pourtant un précurseur des westerns d'après guerre. C'est cependant L'Étrange Incident (1943), de William Wellman, qui constitue la première rupture réelle avec l'idéologie bien-pensante du genre. Ce récit d'un lynchage gratuit, totalement injustifié, annonce les remises en question qui rythmeront l'histoire ultérieure du western.

Le crépuscule d'un genre

Passé 1945, le western s'engage dans deux directions. D'une part l'accession au classicisme, pleinement maîtrisé, d' élément narratifs codés avec John Ford (La Poursuite infernale, 1946 ; La Charge héroïque, 1949), et Howard Hawks (La Captive aux yeux clairs, 1952, et surtout Rio Bravo, 1958. D'autre part, un mouvement de retour sur les fondements mêmes du genre ; ainsi, La Flèche brisée (1950), de Delmer Daves, est une vibrante réhabilitation des Indiens : les " sauvages " redeviennent ce qu'ils ont toujours été, les sacrifiés de la conquête de l'Ouest. Toute une série de films va s'employer à dynamiter les vieilles certitudes : Johnny Guitar (1954), de Nicolas Ray ; La Dernière Chasse (1956), de Richard Brooks  ; Le Gaucher (1958), d' Arthur Penn ; Le Jugement des flèches (1958), de Samuel Fuller. Ford lui-même, de La Prisonnière du désert (1956) aux Cheyennes (1964), se montre sensible à cette érosion des valeurs, qu'accentue encore la quasi-disparition de la série B, qui a trouvé refuge à la télévision.

Les deux auteurs les plus significatifs de cette période sont Budd Boetticher et Anthony Mann. On peut citer, du premier, Sept Hommes à abattre (1956), et, du second, Winchester 75 (1950) ou L'Appât (1953). Tous deux ont en commun une extrême économie de moyens, ainsi qu'une même conception du héros : celui-ci est bien dépositaire d'un code moral, qui cependant l'isole des autres et le condamne à la solitude. C'est la fin du " preux chevalier ". Le succès inattendu du " western-spaghetti " italien bouleverse les données. Il ne sert à rien de fustiger sa violence et son inauthenticité. À la fois retour aux sources du genre (action pure) et négation de sa spécificité (cadre historique, code moral), il n'a pu - momentanément - s'imposer que parce que le grand ancêtre américain traversait une période de crise. C'est ce que comprendra fort bien un Sam Penkinpah, dont La Horde sauvage (1969), d'une violence époustouflante, montre que celle-ci est la seule issue possible pour un groupe condamné (ici, des pilleurs de banque). C'est ce qu'on a appelé le western " crépusculaire ". Penn (Little Big Man, 1970), Abraham Polonsky (Willie Boy, 1970), Robert Altman (John McCabe, 1971) et de nombreux autres participèrent à une entreprise de démystification que la guerre du Viêt Nam mettait à l'ordre du jour ; le western ne semble pas s'en être remis. Concurrencé par ailleurs, sur le terrain des " enjeux moraux ", par le film-catastrophe, la science-fiction ou l'ultra-violence, il connaît un grave passage à vide dont témoigne l'échec commercial de la saga de l'Ouest, Les Portes du Paradis (1981), de Michael Cimino.

Les héros sont fatigués

Le western ne semble plus capable de surmonter durablement la désaffection du public, même s'il arrive encore à quelques œuvres se réclamant du genre de laisser espérer sa renaissance. En effet, les films réalisés et interprétés par Clint Eastwood, Pale Rider (1988) et Impitoyable (1992), témoignent d'une belle rigueur plastique et dramatique. Mais leur tonalité est celle du désenchantement car ils mettent en scène des héros vieillissants, parfois vulnérables et qui se démarquent ainsi de leurs prédécesseurs de l'âge d'or du western. Autre exception qui confirme la règle du dépérissement du genre : Danse avec les loups (1990). Kevin Costner, interprète et auteur inspiré, a composé, en images majestueuses et lyriques, un émouvant hommage à la culture et à la civilisation indiennes. La dimension humaine de l'œuvre, la puissance de son message de paix et de tolérance, son souffle épique en font un des fleurons du genre.

Après le triomphe international de Danse avec les loups, les producteurs hollywoodiens crurent à une renaissance du western et en mirent plusieurs en chantier, à grands frais. On revit alors sur les écrans le célèbre shérif Wyatt Earp, celui qui mit fin aux exploits du non moins légendaire Billy the Kid, dans Tombstone (1993) et Wyatt Earp (1994). Geronimo (1993) et Le Dernier des Mohicans (1992) sont revenus, non sans panache, sur le sentier de la guerre. Noirs, dans Posse (1992), ou de sexe féminin, dans Les Belles de l'Ouest (1994), cow-boys et hors-la-loi ont rivalisé d' habileté dans le maniement de leur cheval ou des armes à feu. Mais rien n'y fait : le public s'obstine à bouder. Il ne suffit plus à un film d'être un western pour attirer les spectateurs, il lui faut surtout être exceptionnel. Or, un genre vit de la multiplicité de ses illustrations, des pires aux meilleures. Il dépérit lorsque l'obligation de la qualité le condamne à la rareté. Tel paraît être le destin du western.

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"Rio Bravo", 1959

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Le bon, la brute et le truand", 1966.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Danse avec les loups", 1990.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Le massacre de Fort Apache", 1948.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Little big man", 1970.