RETOUR Analyse du mouvement

 

En 1873, la publication des expériences sur la course du cheval menées selon une méthode graphique par le physiologiste Étienne-Jules Marey provoque quelques surprises dans les milieux hippiques. On découvre que le cheval au galop retombe d'abord sur une seule patte après avoir quitté le sol de ses quatre fers. L'enregistrement graphique contredit la vision des connaisseurs, entretenue par plusieurs générations de peintres animaliers.

L'affaire fait grand bruit, si bien qu'aux États -Unis Leland Stanford, magnat des chemins de fer et grand amateur de chevaux, demande au photographe Eadweard Muybridge de vérifier les résultats de l'analyse graphique. Muybridge s'aperçoit vite que des photograhpies isolées ne peuvent pas valablement rendre compte de mouvements complexes. Pour enregistrer des images successives et rapprochées dans le temps, il a l'idée d'utiliser une batterie de 12 à 24 appareils déclenchés par le cheval lui-même au long de son parcours grâce à des fils tendus en travers de la piste. L'expérience est doublement concluante : d'une part, elle confirme les résultats de l'analyse graphique de Marey, d'autre part elle convainc ce dernier d'utiliser la photographie pour l'étude de la locomotion animale.

Marey remplace alors les multiples appareils de Muybridge par un appareil unique équipé d'un seul objectif derrière lequel la surface sensible se déplace par saccades entre les expositions successives. Il met au point le fusil photographique (1882) et surtout le chronophotographe sur bande mobile (1888).

Avec ce dernier appareil, Marey avait inventé la caméra de prise de vues, à une nuance près : la bande sensible ne comportait pas de perforations et les photographies successives s'y inscrivaient de façon irrégulière. Le défaut d' équidistance rendait impossible toute synthèse, à moins de découpages manuels, de recalages et de collages fastidieux.

Peu après avoir rencontré Marey à l'Exposition universelle de Paris en 1889, l'inventeur américain Thomas Alva Edison définit les cotes du " film " au sens moderne du terme : un long ruban mince de 35 mm de large, souple, transparent, perforé et recouvert d'une émulsion photographique destinée à recevoir selon un mode de défilement vertical des images successives de 18 × 24 mm. Le matériau lui fut fourni par la toute récente pellicule en nitrate de cellulose mise au point par George Eastman pour son appareil photographique destiné au grand public, le Kodak.

En 1891 et 1892, Edison et son collaborateur, William K. L. Dickson, parvinrent ainsi à analyser par la photographie un mouvement de quelque durée avec un espacement régulier des images en mettant au point un appareil de prise de vues, le kinetograph, qui utilisait le film perforé et un mode d'entraînement saccadé.

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