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Le film fantastique |
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Le fantastique est l'irruption de l'impossible dans un univers imaginaire dominé par l'illusion réaliste. Déployant les mêmes moyens pour évoquer le réel et l'irréel, il cultive l'ambiguïté et suscite la fascination. Il apparaît aussi bien dans les arts visuels (peinture, dessin, cinéma) que dans la littérature. Genre littéraire et artistique caractérisé par une intrusion de l'étrange dans la réalité. Le fantastique se distingue ainsi du merveilleux traditionnel des contes de fées, où le surnaturel n'est pas synonyme d'anormalité, et de la science-fiction où le fait étrange est généralisé, constituant l'élément d'un ailleurs spatio-temporel où tout est possible. Dans ces deux genres limitrophes, l'inexplicable et le surnaturel viennent se superposer au réel, sans véritablement s'y opposer. Le fantastique s'emploie au contraire à perturber la distinction naturel-surnaturel, à faire naître dans l'espace intime et quotidien une inquiétude d'autant plus troublante qu'elle reste parfois diffuse. C'est ce que Sigmund Freud désignait sous le terme de Unheimliche (l'inquiétant, l'étrange). S'il a pour thème de prédilection les êtres hybrides (monstres,
morts-vivants, fantômes, doubles, etc.) ou certains états
intermédiaires de la conscience (le rêve, la folie), c'est qu'il se
situe délibérément à la frontière du rationnel et de l'irrationnel,
du réel et de l'imaginaire, sans jamais prendre parti, ni même
chercher à définir leurs limites respectives. Ce qui distingue le
genre fantastique de tous les autres qui usent de l'introduction du
surnaturel, c'est l'effroi suscité par la proximité entre l'univers
décrit et l'univers du lecteur ou du spectateur.
La littérature fantastique se constitue en genre distinct vers la
fin du XVIIIe siècle, parallèlement à l'apparition du
mouvement romantique.
Elle émerge au moment où l'esprit scientifique
rejette l'existence des miracles et soumet le monde à une causalité
rigoureuse. " Le
surnaturel paraît comme une rupture de la cohérence
universelle ", selon Roger Caillois. Si le roman
gothique anglais en annonce l' atmosphère - avec Horace Walpole (Le Château d'Otrante,
1765), Ann Radcliffe (Julia
ou les Souterrains de Mazzini, 1790), Matthew Grégory
Lewis (Le Moine, 1796), Charles
Robert Maturin (Melmoth ou l'Homme errant,
1820) -, il est communément admis que le premier représentant du
fantastique littéraire est Jacques Cazotte avec Le Diable amoureux
(1772) et que les représentants les plus typiques en sont Jean
Potocki (Manuscrit trouvé à Saragosse,
1804) et Ernet Théodor H. Hoffmann (Les Élixirs du Diable,
1816 ; Le Chat Murr,
1821-1822). Phénomène de la culture occidentale non méditerranéenne,
la littérature fantastique trouve également un écho en Russie
(Alexandre Pouchkine , La Dame de pique,
1834 ; Nicolaïl Gogol, Le Nez,
1843). Cet âge d'or du fantastique classique est marqué en France par
les noms de Charles Nodier(entre le conte de fées et le cauchemar - Jean
Sbogar, 1818), d'Honoré de Balzac (La Peau de chagrin, 1831),
de Prospère Mérimée (La Vénus d'Ille,
1837) et, dans le registre d'une confidence plus douloureusement
personnelle et mystique, de Gérard de Narval(Aurélia,
1855). La littérature de langue anglaise, à la suite de Mary
Shelley (Frankenstein ou le Prométhée moderne,
1818) et des maîtres du récit de vampires, Sheridan
Le Fanu (Carmilla, 1872) et Bram
Stoker (Dracula, 1897), saura
garder la tradition d'un fantastique épuré, tout en demi-teintes, dont
le chef-d'œuvre est sans doute Le Tour d'écrou
de Henry James (1898). L'autre aspect du récit fantastique est
représenté par le conte de terreur, dont Égard Allan Poe est le
véritable créateur : le malaise ne surgit plus de l'apparition,
au sein d'un monde familier, de personnages ou d'événements
surprenants ; il naît de l'angoisse suscitée, au sein d'un esprit
tourmenté , par un univers incongru. C'est un fantastique vécu, et non
simplement mis en scène, d'où sans doute un pouvoir intense
d'évocation , qu'on ne retrouve guère que chez Guy de Maupassant (Le Horla,
1887), et qui servira de modèle à des auteurs comme Ambrose Bierce,
Howard Philippe Lowefcravt ou Richard Matheson.
Si le fantastique est encore bien présent chez des auteurs comme Gustav Meyrink (Le Golem, 1915), il se manifeste de manière plus dispersée. Chez Frantz Kafka, que l'on aurait tort d'enfermer dans le cercle restreint du fantastique, l'intrusion de l'étrange est le signe de l'absurdité d'un monde réduit à l'accumulation de gestes et d'événements banals. Dino
Burzatti reprend des thèmes classiques et les traite avec un
dépouillement qui fait songer aux toiles de De Chrico. Tout en le dépassant largement,
Jorg Luis Borges entend s'inscrire dans le fantastique et se réclame de
Gilbert Keith Chesterton et de Poe. Chez lui, le fantastique, se prenant
lui-même comme objet, se fait métaphysique et devient " une
variante de la théologie ". Dans le monde sud- américain, il faut
citer aussi Julio Cortázar, chez qui le genre est lié à la mise en place d'un
" langage ". En Belgique, il existe un courant fantastique
très riche mais plus traditionnel qui compte des écrivains aussi
différents que Michel de Ghelderode, Jean
Ray (Le Grand Nocturne,
1942 ; La Cité de l'indicible peur,
1943) ou Thomas Owen.
La peinture fantastique dans l'art occidental s'illustre avec éclat chez Jérôme Bosch : dans ses œuvres, la fable morale est exprimée par la représentation de monstres et d'inventions de toutes sortes de caractère poétique, onirique, sexuel, plaçant l'homme entre le paradis et l'enfer, le bien et le mal. Les visions médiévales du jugement dernier, au tympan des églises, peuvent s'apparenter à cet univers. Le fantastique en peinture accède peu à peu à l'autonomie, parallèlement à une laïcisation des thèmes avec les œuvres du Florentin Piero di Cosimo (Combat des centaures et des Lapithes, v. 1505, Londres, National Gallery), les inquiétants paysages dévastés de Didier Barra (Monsù Desiderio), les gravures de Piranèse, les vanités baroques axées sur la mort de l'Espagnol Juan de Valdés Leal (In ictu oculi, 1672, Séville, hôpital de la Charité) que l'on retrouve dans maints tombeaux sculptés. Francisco de Goya est un fantastique moderne, avec ses Caprices,
véritables croquis des profondeurs de l'inconscient. L'art du XIXe
siècle n'a pas ces audaces et reste bien en retrait, se tournant vers
un fantastique littéraire plus conventionnel dont Gustave Moreau est toutefois le plus grand représentant. C'est avec le
surréalisme que l'imaginaire retrouve, au XXe siècle,
pleinement ses droits. Après la peinture métaphysique de Giorgio
De Chirico (Muses inquiétantes),
des peintres très divers font place au rêve pour rejoindre la
réalité par-delà les apparences. La cocasserie de Max Ernest ou de
Joan Niro, les paysages abstraits d'Yves Tanguy,
les rapports incongrus et inattendus chez rené Magritte , les obsessions de
Salvador Dali ou de Hans Bellmer sont autant d'images
d'une même mise en avant du pouvoir de l'imaginaire qui transgresse le
réel.
Une idée fausse, bien qu'encore répandue, consiste à opposer les deux cinéastes fondateurs : Louis Lumière, l'homme du réel, à Georges Méliès, l'homme de l'imaginaire. Dès 1946, le critique André Bazin contestait cette dichotomie simpliste entre réalisme et fantastique : " Ce qui plaît au public dans le fantastique cinématographique, c'est évidemment son réalisme, la contradiction entre l'objectivité irrécusable de l'image photographique et le caractère incroyable de l'événement. " Le fantastique cinématographique prend racine dans le tissu d'une fiction qui emprunte les apparences de la réalité. Il se développe d'abord souterrainement sans qu'on en discerne la présence. Le passage du plausible à l'extraordinaire s'accomplit imperceptiblement jusqu'à un seuil où, l'irrémédiable étant franchi, tout peut arriver, comme le résume la formule fatidique : " Lorsqu'il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre " ( Nosferatu le vampire, Frédrich Wheeler Murnau, 1922). Ainsi défini, le fantastique se distingue des autres genres que l'on
trouve sur ses marges : le merveilleux, la féerie, le légendaire,
l'onirisme et la science-fiction, d'une part, qui
ne sollicitent aucune inscription réaliste ; le film noir et le
film criminel, d'autre part, qui n'ont pas forcément recours à
l'imaginaire.
Après Méliès, dont les films se situent d'ailleurs à mi-chemin de
la féerie et du fantastique, il faut attendre 1913 et L'Étudiant
de Prague, première version due à Stellan
Rye, pour voir apparaître en Allemagne un film authentiquement
fantastique.
Mais c'est au lendemain de la Première Guerre mondiale,
dans le climat délétère de l'Allemagne rongée par la défaite que
les monstres vont déferler : le Golem (Le
Golem , Paul Wegener et Carl
Boese, 1920), Caligari (Le Cabinet du docteur
Caligari , Robert Wiene, 1920),
Nosferatu ( Nosferatu le vampire, de Murnau, 1922). Leur
émergence est favorisée par le développement de l'expressionnisme
dont la vigueur expressive sait tirer parti de l'espace, du décor et de
la lumière. À Hollywood, tout juste reconverti au cinéma sonore, le fantastique se constitue en genre. Après le krach de Wall Street (1929) qui a remis en question le traditionnel optimisme américain, les États-Unis traversent la crise économique la plus grave de leur histoire. Sur le terreau des inquiétudes et des angoisses, le nouveau genre connaît son âge d'or : en 1931 apparaissent Dracula (Tod Browning, avec Bela Lugosi) et Frankenstein (James Whale, avec Boris Karloff dans le rôle de la créature), en 1932 Docteur Jekyll et Mister Hyde (Rouben Mamoulian), Les Chasses du comte Zaroff (Ernest B. S choedsack et Irving Pichel), l'Île du docteur Moreau (Erle C. K enton), La Monstrueuse Parade (Freaks, Tod Browning), en 1933 Masques de cire (Michael Curtiz), L'Homme invisible (James Whale), King Kong (Merian C. C ooper et Ernest V. S choedsack), en 1935 La Fiancée de Frankenstein (James Whale). Tous ces films, souvent inspirés par la littérature anglaise du siècle précédent, développent une thématique aux résonances puritaines : des forces obscures, monstrueuses ou maléfiques, tentent de prendre le pouvoir. Sous l'impulsion de producteurs dynamiques, le genre va rebondir à plusieurs reprises, avec Val Lewton et les films de Jacques Tourneur où l'horreur est suggérée plus que montrée : La Féline (1942), Vaudou et L'Homme léopard (1943) ; avec Roger Corman et ses propres réalisations développant un style néogothique : L'Enterré vivant (1962), Le Corbeau (1963), Le Masque de la mort rouge (1964). Mais le cinéma américain s'honore également de réussites plus isolées : Docteur Jekyll et Mister Hyde (Victor Fleming, 1941), La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), L'Homme qui rétrécit ( Jack Arnold, 1957), L'Exorciste (William Friedkin, 1973). Citons enfin la terrifiante Nuit des morts-vivants (George A. Romero, 1968), qui a contribué à l'orientation du genre vers l'épouvante et le " gore " (littéralement : " sang coagulé "). Depuis l'après-guerre, le fantastique a souvent quitté le cinéma
de genre pour venir enrichir la thématique de quelques auteurs : Le
Portrait de Dorian Gray (Albert Lewin,
1945), L'Aventure de Madame Muir (Joseph Mankiewicz, 1947), Psychose et Les
Oiseaux (Hitchcock, 1960 et 1963), Rosemary's Baby
(Roman Polanski, 1968), L'Autre (Robert
Mulligan, 1972), Blue Velvet (David
Lynch, 1986), La Mouche (David
Cronenberg, 1986), Dracula (Francis Coppola, 1992), etc.
Autre pays de prédilection du fantastique, la Grande-Bretagne témoigne de sa richesse avec Au cœur de la nuit (Alberto Cavalcanti, Robert Hamer, Basil Dearden, Charles Crichton, 1945), Une question de vie ou de mort (Michael Poweel et Emeric Pressburger, 1946), Le Voyeur (Michael Powell, 1960), Le Village des damnés (Wolf Rilla, 1960), Les Innocents (Jack Clayton, 1961), La Maison du diable (Robert Wise, 1963), Les Monstres de l'espace (Roy Ward Baker, 1967), L'Abominable Docteur Phibes ( Robert Fuest, 1971), Shining (Stanley Kubrick, 1980), Elephant Man ( David Lynch, 1980). Le genre a même connu une certaine prospérité avec la compagnie
Hammer et notamment les films de Terence Fisher.
Celui-ci, dans un style néogothique et avec les atouts supplémentaires
de la couleur et de l'érotisme, ressuscite les grandes figures du film
d'épouvante qui avaient fait le succès de la Universal : Frankenstein
s'est échappé (1957, avec Peter Cushing),
Le Cauchemar de Dracula (1958, avec Christopher
Lee).
Dans d'autres pays, le fantastique eut également des heures de gloire, mais plus éphémères : en Suède, avec un essai troublant, La Sorcellerie à travers les âges (Benjamin Christensen, 1922) ; en France, terre plus propice au légendaire, avec Vampyr du Danois Carl Théodore Dreyer (1932), La Belle et la Bête (Jean Cocteau, 1946), Les Yeux sans visage (Georges Franju, 1960) ; en Italie, avec Le Masque du démon (Mario Bava, 1960) qui ouvrit une longue série privilégiant le sexe et le sang où s'illustra notamment Ricardo Freda ; au Japon et en Chine, enfin, où les histoires de fantômes se cultivent depuis toujours. ______________________
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"Dracula", 1992.
"M le maudit", 1936.
"Métropolis", 1926.
"The mask".
"Un chien Andalou", 1928.
"Alien IV".
"Fantômas".
"Jurassic park.".
"L'armée des douze singes".
"Le treizième guerrier".
"Inspecteur gadget".
"Independance day".
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