Le film de documentaire

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Sa relégation en complément de programme en a fait le mal-aimé du spectacle cinématographique : il différait l'arrivée sur l'écran du grand film tant attendu. Depuis que la publicité l'a remplacé, on le regrette. Mais, grâce à la télévision dont il enrichit les programmes, il a retrouvé, pour les historiens, les chercheurs et tous ceux que passionnent l'art, la culture et le passé du monde, sa vocation première : celle du document, irremplaçable car vivant.

Œuvre cinématographique à caractère informatif.

Le domaine du documentaire est extrêmement vaste, puisqu'en fait il couvre tout ce qui n'est pas la fiction romanesque, propre aux " grands films " exploités dans les salles, ainsi qu'aux courts métrages de même inspiration. C'est pourquoi, suivant un classement par catégories transposé de celui de la littérature - dont le roman ne constitue qu'une partie -, on peut distinguer le documentaire scientifique, historique, touristique, etc. Il est essentiel de remarquer que tous ces types de documentaires ont en commun un certain nombre de caractères. D'abord, ils ont une durée en général limitée, inférieure à trente minutes, sauf exceptions de plus en plus nombreuses. Ce caractère n'est pas lié uniquement à leur mode d'exploitation le plus fréquent, en " complément de programme " ; il l'est aussi aux limites de réception de ce type de film par un public qui n'y trouve pas l'attrait des éléments romanesques. Ensuite, le documentaire manifeste une certaine austérité dans les moyens mis en œuvre, ce qui s'explique par le fait que, s'il est investi de la mission de former ou d' informer, il ne l'est habituellement pas de celle de distraire ; chargé de décrire ou d'enseigner, il ne se propose pas d' étonner.

Le documentaire ethnographique et de voyage

Une première catégorie de films documentaires peut se dégager du regroupement de sujets liés au dépaysement du spectateur : films de voyage, révélant des sites et paysages, des populations humaines ou animales insolites, et débouchant ainsi sur l' ethnographie et les relations de société (c'est ce que l'on appelle le " folklore "). De grands classiques ont été ainsi réalisés dans le monde entier.

Parmi les plus connus, côté américain, ceux des pionniers Robert Flaherty et l' équipe Merian C. Cooper-Ernest B. Shoedsack. Le premier a tourné Nanouk l'Esquimau (1922) dans les régions polaires, Moana (1926) aux îles Samoa, L'Homme d'Aran (1934) sur des îlots déshérités au large de l'Irlande, Louisiana Story (1948) dans les bayous de Louisiane ; les seconds ont filmé, dans Grass (1925), les migrations d'une tribu persane et, dans Chang (1927), la jungle siamoise.

En France, Léon Poirier a suivi la caravane promotionnelle des automobiles Citroën sur les continents africain et asiatique : La Croisière noire (1926) et La Croisière jaune (1933). Ces films, comme plus tard Des hommes qu'on appelle sauvages (1950) ou Continent perdu (1955), ont été accusés de traquer le sensationnel et le pittoresque sans se soucier de comprendre ni d'analyser les traditions culturelles, religieuses et sociales des pays et des peuples présentés. À cette démarche jugée exotique, voire paternaliste, Jean Rouch par exemple, dans toute son œuvre consacrée à l'Afrique et aux Africains, substitue le regard objectif de l'ethnographe respectueux d'approcher au plus près la réalité de ceux que sa caméra observe. Ses innombrables films de court et de long métrage (Moi un Noir, 1958 ; La Chasse au lion à l'arc, 1965 ; Jaguar, 1967) sont à ce titre exemplaires. Du même esprit participent les moyens métrages de Mario Ruspoli (Les Hommes de la baleine , 1956 ; Les Inconnus de la terre , 1961). Une semblable démarche avait auparavant inspiré les documentaristes anglais groupés, dans les années 1930 et 1940, autour de John Grierson ; ce dernier avait ensuite créé un courant similaire au Canada, où les documentaristes se sont attachés à traquer le réel en s'interdisant de l' interpréter.

D'autres, en revanche, ont délibérément choisi d'exprimer un point de vue engagé, politique ou social. L' œuvre la plus forte est ici Terre sans pain de Luis Bunuel (1932). Héritiers de Jean Vigo et de son À propos de Nice (1928), Chris Marker (Un dimanche à Pékin, 1956 ; Lettre de Sibérie, 1958), Agnès Varda (Salut les Cubains, 1963) ou François Reichenbach (L'Amérique insolite, 1960) revendiquent le droit de juger et de délivrer un message. Aux États-Unis, Robert Wiseman dresse le constat amer du fonctionnement des institutions américaines dans Titicut Follies (1967), High School (1968), Welfare (1975), The Store (1983)... Raymond Depardon, en France, fait de même sans se départir de l'objectivité du reporter dans ses documents sur la police (Faits divers, 1983), l'hôpital (Urgence, 1988) ou la justice au quotidien (Délits flagrants, 1994). Ainsi, le documentaire de voyage et de découverte débouche naturellement sur l'ethnographie, l'essai, la réflexion sociale et politique.

Le documentaire sur l'art

Une autre catégorie concerne les sujets liés à la création de biens par l'activité humaine. Le caractère informatif prend assez fréquemment les formes du didactisme qui a pu contribuer à une indiscutable prévention du public à l'égard du documentaire. Se rangent dans cette catégorie les films techniques ou industriels, ainsi que ceux qui, partis de l'étude des artisans (potiers, ébénistes), ont fait leur entrée dans le domaine de l'Art, la sculpture et la peinture notamment. La célèbre étude Le Mystère Picasso (1956), d'Henry-Georges Clouzot, en constitue un exemple typique.

C'est entre 1945 et 1960 que ce type de documentaire a connu en Europe son âge d'or. La peinture et les peintres ont alors fait l'objet de nombreux films dans lesquels la caméra s'emploie à détailler un tableau, une fresque, une sculpture, de telle sorte que le spectateur en saisisse la construction et, le cas échéant, le message implicite. Des cinéastes belges, comme Henri Stork et Paul Haesaerts, qui avaient déjà illustré ce genre dans les années 1930, lui ont donné ses classiques avec Rubens (1948) et De Renoir à Picasso (1949). En Italie, à la même époque, Luciano Emmer et Enrico Gras analysent la peinture de Giotto, avec Le Drame du Christ (1940), et celle de Jérôme Bosch avec Paradis perdu (1941). En France, de nombreux cinéastes, et non des moindres, explorent les chefs-d'œuvre des arts plastiques : Alain Resnais(Van Gogh, 1948 ; Guernica, 1950), Jean Grémillon (Les Désastres de la guerre, 1949, d' après Goya ; André Masson et les quatre éléments, 1958), Henri Alekan (L'Enfer de Rodin, 1958)... Quant aux artisans, ils ont trouvé des chantres inspirés en Jacques Demy (Le Sabotier du Val de Loire, 1956) ou Georges Rouquier (Le Tonnelier, 1942 ; Le Charron, 1949).

Le documentaire historique

Une troisième catégorie est celle du reportage sur un événement historique, artistique ou sportif ; sur un être exceptionnel par sa personnalité, ou ses activités de création d'ordre intellectuel ou artistique.

Dans ce dernier domaine, François Reichenbach a signé des succès tels que Arthur Rubinstein, l'amour de la vie (1969) et Johnny Days (1971), portrait chaleureux de Johnny Hallyday. Mais c'est assurément l'Histoire qui constitue le sujet privilégié de nombreux documentaires. Au risque, inévitable, de voir le genre mis au service de la propagande d'un régime ou, en cas de guerre, utilisé pour entretenir le moral des combattants comme des civils.

Les exemples abondent de la déformation historique au profit d'une idéologie totalitaire. Pour glorifier le nazisme et son chef Hitler, Leni Riefenstahl saisit le prétexte d'un congrès à Nuremberg et des jeux Olympiques de 1936 à Berlin pour réaliser deux classiques du genre, Le Triomphe de la volonté (1935) et Les Dieux du stade. Dans l'URRS naissante, Dziga Vertov explore les possibilités sans limites du montage et des trucages pour faire de En avant soviets et de La Sixième Partie du monde (1926), ainsi que de L'Homme à la caméra (1929), des symphonies en images qui exaltent la révolution bolchevique. Pendant la guerre, Djovenko témoigne du courage des soldats soviétiques ; les documentaristes allemands prédisent la victoire du Reich. Dans le même domaine et avec un semblable souci de galvaniser les énergies, l'Américain Franck Capra réalise Pourquoi nous combattons (1942-1945), ensemble de films réalisés sur les divers fronts pour dénoncer la menace fasciste sur le monde libre.

Le documentaire est encore un moyen de saisir, avec le recul, la complexité d'un événement historique. Ainsi, Claude Lanzmann, avec Shoah (1985), tente de comprendre pourquoi et comment le nazisme a mis en œuvre contre le peuple juif la solution finale. D'un autre point de vue, plus impressionniste, Alain Resnais décrit dans Nuit et brouillard (1955) l'horreur de la déportation. Marcel Ophuls a consacré presque toute son œuvre à l'étude de la Seconde Guerre mondiale : Le Chagrin et la Pitié (1969), sur l'Occupation en France ; Memory of Justice (1976), sur le procès de Nuremberg ; Hôtel Terminus (1985-1988), sur le criminel de guerre Klaus Barbie. Frédéric Rossif signe des films de montage sur le ghetto de Varsovie (Le Temps du ghetto, 1961), la guerre d'Espagne (Mourir à Madrid, 1963), La Révolution d'Octobre (1967). Genre qu'à son tour, en 1992, Bertrand Tavernier illustre avec La Guerre sans nom, sur la guerre d' Algérie.

Enfin, on n'aurait garde d'oublier dans ce bref panorama du documentaire historique l'œuvre entière du cinéaste hollandais Joris Ivens, qui, aux quatre coins du monde, a mis sa caméra au service des peuples en lutte et suscité maintes vocations de documentaristes militants dans le tiers-monde.

Le documentaire scientifique

Enfin, il faut citer une autre catégorie, très particulière : les films scientifiques. Certains, par leur sujet extraordinaire et l' étrangeté des images qui en résulte, peuvent être exploités dans les salles publiques. De tels films atteignent quelquefois à la dimension poétique ou même lyrique, si les autres éléments de la création cinématographique (commentaires, musique) ont été choisis judicieusement.

Nombre d'entre eux concernent le monde animal et, de ce fait, ont connu une diffusion et un succès exceptionnels dans la mesure où le sujet passionne le jeune public. Le pionnier dans ce domaine est Jean Painlevé, dont L'Hippocampe (1934) et Le Vampire (1945) sont des classiques du genre. Des œuvres plus récentes ont su habilement concilier l'aspect scientifique et l'attrait spectaculaire : entre autres, Des insectes et des hommes de l'Américain Wallon Green (1973), La Fête sauvage de Frédéric Rossif (1976), La Griffe et la Dent de François Bel et Gérard Vienne (1977), Microcosmos de Claude Nuridsany et Marie Perennou (1996).

Mais le thème abordé peut être tout autre et susciter l'intérêt des spectateurs. Ainsi la montagne (Victoire sur l'Annapurna, 1953, et Les Étoiles du Midi, 1960, de Marcel Ichac), les volcans (Les Rendez-vous du diable, 1959, et Le Volcan interdit, 1966, de Aron Tazieff ), ou les films de Maurice et Katya Kraftt, et l'univers sous-marin, auquel Jacques-yves Cousteau a consacré Le Monde du silence (1955) et Monde sans soleil (1964), parmi beaucoup d'autres.

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Chaman du Mali.

 

 

 

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Claude Lévi-strauss, ethnologue.

 

 

 

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L'Etna, 1992.

 

 

 

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Faille de San Adreas, Californie, U.S.A.

 

 

 

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Jean-Yves Cousteau, 1963.

 

 

 

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"Le chant des fleuves", 1960.

 

 

 

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Le poisson Empereur.

 

 

 

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"Délit flagrant", 1994.

 

 

 

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"Le poème de la mer", 1956.

 

 

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"Les dieux du stade", 1936.

 

 

 

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Le Pôle Nord.

 

 

 

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Des Inuits.

 

 

 

 

 

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Hippocampe de Méditerranée.

 

 

 

 

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Johnny Hallyday, 1988.