Le court métrage

                          RETOUR

 

Dans le domaine de l'art cinématographique, film d'une durée nettement inférieure à quatre-ving-dix minutes, durée traditionnelle du film principal projeté en exploitation dans les salles.

Le court métrage est présenté en complément de programme, et il n'est ainsi défini que par rapport à l'existence d'un grand film ou long métrage. Mais les différences avec ce dernier ne résident pas simplement dans cette seule considération de longueur ; la formule du court métrage représente une solution parfaitement adaptée à nombre de genres cinématographiques, tels que le film de fiction, le film documentaire, le dessin animé et le film d'animation. Par ailleurs, c'est le court métrage qui offre, par son fond et/ou par sa forme, un terrain de recherches et d'innovation dont le rôle est fondamental dans la vie du cinéma. Le dessin animé fait partie, par sa durée, de la famille des courts métrages, bien que certaines réalisations de long métrage telles que Blanche-Neige ou Pinocchio, de Walt Diney, aient laissé un grand souvenir. Comme le documentaire, qui fait l'objet d'une analyse séparée, il occupe une place à part.

Le court métrage de fiction

C'est véritablement le domaine d'élection du film de court métrage. Sous un premier aspect, il est au grand film ce que, dans le domaine littéraire, la nouvelle est au roman ; et l'on sait combien ce genre exige de raffinement et de densité. Certains sujets ne prennent toute leur force que sous cette forme ramassée qu'un développement affaiblirait. Sous un second aspect, plus réaliste, le court métrage de création représente le banc d'essai quasi obligatoire du début de carrière de tout cinéaste, souvent riche d'enseignements pour lui et de promesses pour le spectateur ; les multiples contraintes matérielles et intellectuelles de la réalisation conduisent en effet l'auteur à des solutions intéressantes et parfois originales. Comme exemple classique d'un court métrage de fiction, on peut citer Le Rideau cramoisi (1953) d'Alexandre Astruc.

Mais, bien avant ce film précurseur de la Nouvelle Vague, des dizaines de cinéastes, pour ne parler que des Français, s'étaient fait connaître de la profession par la qualité de leurs premiers courts métrages. Parmi les anciens, Claude Autant-Larra, avec Construire un feu (1927), Luis Bunuel, avec Un chien andalou (1928), ou Robert Bresson, avec Affaires publiques (1934), avaient, à tout le moins, fait la preuve de leur compétence technique. Un catalogue (de Raymond Chirat et Jean-Claude Romer, Éditions Mémoires du cinéma, 1996) dénombre près de 1 500 films courts réalisés dans les décennies 1930, 1940 et 1950. Parmi leurs auteurs, des noms devenus célèbres : Jean Delannoy, Christian-Jaque, Yves et Marc Allégret, Jean Dréville, Jean Grémillon, Jacques Tati, parmi beaucoup d'autres. Plus récemment, les cinéastes de la Nouvelle Vague ont débuté en tournant des courts métrages : François Truffaut (Les Mistons, 1958), René Allio (La Meule, 1963), Jean-Charles Tacchella (Les Derniers Hivers, 1970), sans oublier les Alain Renais, Georges Franju ou Agnès Varda qui ont illustré l'art du court métrage dans les domaines de l'essai, du témoignage, du poème visuel. Quant aux jeunes cinéastes apparus au premier plan dans les années 1980, ils ont bénéficié de la politique d'incitation à la production et à la diffusion de courts métrages pour faire leurs premières armes et se signaler à l'attention de la critique. On se souvient, entre autres, de Le Chien de monsieur Michel (1971), de Jean-Jacques Beineix, de Strangulation Blues (1980), de Léos Carax, de La Vie des morts (1994), d'Arnaud Desplechin, du Bunker de la dernière rafale (1981), de Caro et Jean-Pierre Jeunet, et du Cauchemar blanc (1991), de Mathieu Kassovitz.

Diffusion du court métrage

La vocation fondamentale d'une œuvre étant d'être montrée au public, il faut admettre que le court métrage a, pendant des années , été progressivement privé d'assumer cette vocation. On doit d'emblée constater que les méthodes d'exploitation actuelles ont remplacé la notion de spectacle complet (comportant des éléments variés d'une durée totale de plusieurs heures) par celle d'une simple projection, par tranches de deux heures environ, d'un unique long métrage d'une durée de quatre-vingt-dix minutes en moyenne. Les trente minutes restantes étant en grande partie consacrées aux films publicitaires, la présentation éventuelle d'un court métrage de complément conduit à une compression drastique de sa durée : entre trois et quinze minutes. Avec de telles méthodes d'exploitation, la disparition du court métrage était à craindre.

Un autre mode de présentation, cependant, se dessine dans les années 1980 et 1990, pour montrer ces films au public, sous la forme de séances composées uniquement de courts métrages. Ces séances ont lieu essentiellement dans les nombreuses salles d'art et d'essai qui sont apparues dans la périphérie des grandes villes à la faveur des aides de l'État à la création de salles en zones défavorisées.

La télévision, en particulier à travers les chaînes culturelles, est également un mode de diffusion de courts métrages de plus en plus efficace. Le petit écran en est devenu gros consommateur, qu'il s'agisse de documentaires, de dessins animés ou de sujets de fiction. Dans les grilles de programmation, des émissions entièrement composées de courts métrages sont proposées au public. Leur diffusion est encore à des heures tardives, mais l'évolution est incontestable.

La production et la diffusion du court métrage en France ont donc fait d'indéniables progrès, grâce à l'action des pouvoirs publics et de l'Agence du court métrage qui centralise et impulse toutes les initiatives. Toutefois, les organismes officiels de tutelle du cinéma , ainsi que certains milieux professionnels, se préoccupent toujours de la disparition progressive des courts métrages dans les salles commerciales. Une première préoccupation est de donner leur chance aux films, en les présentant au moins une fois à des distributeurs ou à des acheteurs éventuels, ou simplement à un public spécialisé ; d'où des festivals à Clermont-Ferrand, Grenoble ou Annecy par exemple.

Une autre préoccupation, plus concrète, est d'imposer dans les salles la projection d'un court métrage avec chaque présentation d'un long métrage. Des réglementations ont été édictées pour faire passer dans les faits cette séduisante idée ; il ne semble pas qu'elles soient suffisamment observées . Toutefois, depuis le début des années 1990, des circuits parisiens et provinciaux de cinémas d'art et d'essai ont décidé de projeter un court métrage à chacune de leurs séances. Une initiative qui pourrait s'étendre.

                         ________________